Va falloir couper le garage en deux !
A l’instar de Léo Apotheker il y a quelques années, Margaret Whitman a annoncé le lundi 6 octobre la scission d’HP en deux entreprises distinctes à la fin de l’année fiscale 2015. Hewlett-Packard Enterprise se focalisera sur les activités EG, ES, Software, Cloud et Financial Services, alors que HP Inc. regroupera les activités PPS. La scission d’entreprise est en ce moment à la mode et d’autres entreprises telles qu’eBay ou Symantec viennent d’annoncer des opérations identiques.
A l’exception des VP d’HP qui expriment une « excitation » unanime, qui est fonction de l’intérêt financier personnel qu’ils ont dans le projet, le reste des troupes affiche un enthousiasme beaucoup plus mesuré. Il est d’ailleurs à noter que le message de notre PDG sur le sujet n’est pas d’un enthousiasme débordant non plus. Etait-il dans le secret des dieux ou l’a-t-il été tardivement (ce qui pourrait expliquer son ton neutre) ? Pourtant, tout le haut management d’HP France est passé devant le CEO et l’Executive Committee le jeudi 25 septembre 2014 en Angleterre pour présenter les réalisations et le projet de la France. Nous imaginons qu’à ce moment-là, Margaret Whitman devait avoir autre chose en tête et ne devait pas être très intéressée par « Challenge 2017 » !
Mais tout cela ne doit pas nous distraire et comme le dit avec beaucoup de culot notre CEO, « The best thing you can do for the success of Hewlett-Packard Enterprise and HP Inc., as well as your own personal career, is to stay focused and continue to execute. That is what winners do ». Autrement dit, pendant les travaux il faut « stay focused on the quarter » et accepter béatement ce qui est prétendument bon pour l’entreprise, les clients et ses salariés.
Nous pourrions rire de tout cela s’il ne s’agissait pas d’un sujet sérieux. Il est légitime pour un salarié de s’interroger sur le devenir de l’entreprise qui l’emploie et sur son propre devenir. Une réorganisation de ce type aura des incidences importantes sur chacun. Il est donc normal que chacun se fasse sa propre opinion, pour pouvoir anticiper certains événements néfastes.
Alors que le projet est présenté par le management comme ayant un intérêt industriel pour l’entreprise, certains analystes et journalistes y voient essentiellement un intérêt financier se mettant en œuvre au travers d’une revente par appartement des actifs de l’entreprise. Cette approche a la faveur des actionnaires qui cherchent d’abord une fructification des investissements et l’augmentation des dividendes.
PPS ne générant pas le niveau de marge souhaité par nos actionnaires, pourrait, après scission, être cédée à bon compte à un Dell ou Lenovo. Enterprise Services, l’autre parent pauvre, pourrait subir le même sort. Certains journalistes font état de discussions qui auraient eu lieu avec Wipro et Infosys. Il y a aussi de nombreuses rumeurs faisant état d’un potentiel rachat d’EMC. Le mercato est ouvert, il n’y a plus qu’à faire son marché !
Telle la réponse du berger à la bergère, Michael Dell profite de l’occasion pour nous égratigner : "HP's decision to break apart its business is complex, distracting and appears to benefit HP and its shareholders more than its customers, which is ultimately the wrong priority". Cela est de bonne guerre, car nous avions fait de même lors de la l’annonce de DELL de sortir de bourse : "We believe Dell's customers will now be eager to explore alternatives, and HP plans to take full advantage of that opportunity".
Les Investisseurs et analystes ont semblé bien accueillir la scission lors de son annonce. Une fois l'allégresse passée, certains s'interrogent sur la pertinence d’un tel projet. D’aucuns estiment qu’il mobilisera beaucoup d’énergie, qu’il risque de « distraire l’entreprise » dans la réalisation de ses objectifs opérationnels, de limiter les ventes croisées de produits aux grands comptes… Mais la remarque qui revient le plus souvent concerne la complexité de réaliser un tel projet, avec les risques inhérents de pertes de part de marché.
Un gérant de portefeuille estime que « HP Inc sera une assez bonne machine à cash, mais qu’elle aura du mal à croître » (cela traduit bien l’objectif court terme du projet !). Et de rajouter « Il n'y a pas grand-chose qu'ils puissent faire pour améliorer leur profil de croissance ». De fait, certains estiment que les coûts d'exploitation risquent d’augmenter sur le long terme (réduction des économies liées à l’achat en gros de composants), ce qui pénalisera HP Inc (PPS).
Alors pourquoi se lancer dans une telle opération ? Un article du New-York Times nous donne des bribes d’informations. Une étude met en évidence le fait que la valeur de l’action des entreprises qui se sont scindées a crû en moyenne de 76% durant les 5 ans suivant la scission, alors que sur une période de temps identique, la valeur Standard & Poor’s 500-stock index ne progresse que de 31%. L’augmentation de la valeur de l’action est donc vraisemblablement un des objectifs majeurs visés. Si l’on y associe le projet de revente par appartements, il y aurait donc un objectif ultime de génération de cash.
Mais que ferions-nous de tout ce cash ? En premier lieu, satisfaire l’appétit des actionnaires et des hauts dirigeants du groupe. Ils ont tous des wagons de « stocks » et la valeur de l’action est une source importante d’enrichissement personnel de ceux qui nous dirigent. En second lieu, il permettra de faire de la croissance externe (puisque la croissance organique ne marche plus) en se recentrant sur le nouveau cœur de cible visé par l’entreprise (là où le niveau de marge est beaucoup plus conséquent). Mais cela n’est pas exempt de risques, car PPS génère un flux de trésorerie important et il sera beaucoup plus difficile à HP Entreprise de financer sa croissance avec une trésorerie amoindrie.
Tout cela aura une incidence directe sur chacun d’entre nous. En première annonce, il nous est indiqué que l’entreprise a relevé son objectif de suppression de postes en le portant de 50.000 à 55.000. A ce stade, personne n’y comprend rien et nous avons pu lire de nombreux articles de presse contradictoires sur le sujet. Il n’en reste pas moins que 55.000 en trois ans correspond à un chiffre pharaonique, en constante progression (contrairement à l’engagement pris par Margaret Whitman !) et qui touchera tous les pays. La France aussi paiera son tribut. Les réorganisations se faisant toujours avant les scissions, il est plus que vraisemblable que nous ayons à subir de nouveaux tumultes en FY2015.
Au titre de la scission, l’entreprise va forcément mettre en œuvre un projet de restructuration qui prendra vraisemblablement la forme d’un PSE. Ce PSE risque de s’ajouter aux PSE GPEC de la FY2014 (qui a débordé sur 2015) et à celui du PSE GPEC de la FY2015. Trois PSE en même temps, cela en fait au moins deux de trop (en ce qui nous concerne trois de trop). Nous sommes à ce titre heureux de la décision que nous avons prise de ne pas signer l’avenant GPEC FY2014 qui permet l’extension du PSE 2014 en 2015.
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